Abalone, vigie engagée du lagon mahorais

À l’extrême sud de Mayotte, un club de plongée joue un rôle bien plus large que celui d’un simple acteur touristique. À travers ses immersions régulières, il observe, analyse et documente l’évolution des récifs coralliens après le passage du cyclone Cyclone Chido. Son engagement contribue à mieux comprendre l’état réel du lagon mahorais.

Un club de plongée devenu acteur environnemental

Installé dans le sud de l’île, le club Abalone s’est progressivement imposé comme un témoin privilégié de la vie sous-marine. À force d’explorer les mêmes sites au fil des saisons, les moniteurs et plongeurs disposent d’un recul précieux sur les transformations du récif.

Leur implication dépasse largement la pratique sportive. Chaque sortie en mer devient une occasion de collecter des informations, de photographier les fonds marins et de comparer l’état des coraux avant et après les événements climatiques majeurs. Cette vigilance constante s’inscrit pleinement dans la protection du lagon de Mayotte, car elle permet d’alerter et d’informer sur les évolutions constatées.

Contrairement à certaines idées reçues diffusées après le cyclone, tout le récif n’a pas été anéanti. Certaines zones ont subi des dégâts importants, tandis que d’autres ont montré une étonnante capacité de résistance. Ce constat nuancé est essentiel pour éviter les généralisations et orienter correctement les actions de préservation.

Après le cyclone, un lagon marqué mais vivant

Le passage du cyclone Cyclone Chido en décembre 2024 a laissé des traces visibles. Des colonies de coraux ont été brisées, des blocs déplacés et certains reliefs sous-marins remodelés par la puissance des vagues.

Pourtant, plus d’un an après, les observations révèlent un tableau plus complexe. Là où l’on s’attendait à des paysages désertés, la vie reprend progressivement. De jeunes pousses de corail apparaissent sur des structures anciennes, et des espèces pionnières colonisent les surfaces disponibles.

Les plongeurs notent également une présence marquée de poissons de grande taille dans certains secteurs. Cette évolution pourrait s’expliquer par une baisse temporaire de la pression humaine après le cyclone. Moins d’activités maritimes, moins de pêche, et donc un environnement légèrement apaisé, propice au retour de certaines espèces.

Ce phénomène illustre la résilience du lagon mahorais. Même fragilisé, l’écosystème conserve une capacité d’adaptation remarquable, à condition que les pressions extérieures restent maîtrisées.

Une collaboration scientifique avec le Parc naturel marin

Le travail d’Abalone ne s’effectue pas en vase clos. Le club participe à des suivis menés en lien avec le Parc naturel marin de Mayotte. Des zones spécifiques sont étudiées de manière régulière afin de mesurer l’évolution des coraux.

Ces suivis consistent à identifier les espèces présentes, à évaluer leur taux de couverture et à observer leur croissance dans le temps. Plus d’une centaine d’espèces coralliennes composent le lagon mahorais, ce qui en fait l’un des plus riches de l’océan Indien.

Grâce à cette coopération, les données recueillies sur le terrain viennent compléter les analyses scientifiques. Les clubs de plongée deviennent ainsi des partenaires précieux pour les chercheurs, car ils offrent une présence fréquente et un regard attentif sur des sites parfois éloignés.

Cette dynamique collaborative renforce la crédibilité des constats établis et favorise des décisions adaptées aux réalités du terrain.

Faut-il replanter les coraux ?

Face aux images de récifs abîmés, la tentation est grande d’intervenir rapidement en replantant du corail. Pourtant, les responsables du club défendent une approche prudente.

Selon eux, la nature possède déjà ses propres mécanismes de régénération. Introduire massivement des fragments de coraux peut perturber l’équilibre local si les espèces choisies ne correspondent pas parfaitement aux conditions du site. Température de l’eau, courants, luminosité : chaque paramètre compte.

Laisser le temps au récif de se reconstruire naturellement permet souvent d’obtenir des résultats plus durables. Les observations menées depuis le cyclone tendent à confirmer que certaines zones se régénèrent spontanément, sans intervention humaine directe.

Cela ne signifie pas qu’aucune action n’est nécessaire, mais plutôt que chaque initiative doit être réfléchie, mesurée et adaptée aux spécificités du lagon mahorais.

Sensibiliser pour préserver durablement

Au-delà des plongées et des relevés scientifiques, Abalone joue aussi un rôle pédagogique. Chaque sortie est l’occasion de rappeler les gestes essentiels pour préserver les fonds marins : ne pas toucher les coraux, maîtriser sa flottabilité, éviter les ancrages destructeurs.

La sensibilisation concerne également les habitants et les visiteurs. Le lagon de Mayotte représente une richesse écologique, économique et culturelle majeure. Sa préservation ne dépend pas uniquement des institutions, mais aussi des comportements individuels.

En partageant leurs observations et en communiquant sur l’état réel du récif, les membres du club contribuent à instaurer une prise de conscience collective. Montrer que le lagon souffre, mais qu’il reste vivant, permet d’éviter le découragement tout en encourageant l’engagement.

Un avenir conditionné par l’équilibre entre usage et respect

Le lagon mahorais attire plongeurs, pêcheurs, plaisanciers et touristes. Cette diversité d’usages constitue une richesse pour le territoire, mais elle impose également une vigilance constante.

L’expérience d’Abalone montre que la résilience du récif dépend étroitement de la pression exercée sur lui. Moins les activités humaines sont agressives, plus l’écosystème retrouve rapidement son équilibre après un choc climatique.

Le défi des prochaines années sera donc de concilier développement économique et préservation environnementale. Cela passe par une meilleure régulation des pratiques, une éducation renforcée et un suivi scientifique régulier.

En se positionnant comme sentinelle du lagon, le club démontre qu’un acteur local peut jouer un rôle déterminant dans la compréhension et la sauvegarde d’un patrimoine naturel exceptionnel. Le lagon de Mayotte n’est pas seulement un décor spectaculaire : il est un organisme vivant, fragile et précieux, dont l’avenir dépend des choix collectifs d’aujourd’hui.